Jérôme Lejeune (1926-1994)

“Défendre la vérité scientifique et la grande vérité morale qui en découle : voilà ma mission”.

Jérôme Lejeune est le généticien français qui découvrit en 1958, à l’âge de trente-deux ans, lors de l’examen des chromosomes d’un enfant dit « mongolien » (syndrome de Down), l’existence d’un chromosome en trop sur la 21e paire. Pour la première fois dans l’histoire de la médecine était établi un lien entre un retard mental et une anomalie chromosomique.

Le Professeur Lejeune, l’un des généticiens les plus admirés du XXe siècle, devint dans les années 1970 le leader moral du mouvement en faveur de la vie en Europe. Il défendit avec acharnement la dignité de la personne humaine à une époque où les parlements et tribunaux usurpaient le droit divin de décider qui, parmi les innocents, doit vivre ou mourir.

Pour Jérôme Lejeune, la légalisation de l’avortement n’a pas simplement été une attaque frontale contre la loi morale naturelle, mais aussi une expression odieuse de mépris pour la science. La génétique moderne démontre que, au moment même où l’ovule est fécondée par le sperme, toute l’information génétique qui définit le nouvel individu est inscrite dans son intégralité dans la première cellule. Aucune autre donnée génétique n’entre dans l’œuf après sa fécondation initiale. Ainsi, la science affirme qu’un être humain ne serait pas un être humain s’il n’avait pas été conçu originellement comme un être humain. Les lois légalisant l’avortement reposent sur l’idée que l’embryon n’est pas une vie humaine, mais qu’il le devient plus tard, idée totalement fausse d’un point de vue scientifique.

Pour Jérôme Lejeune, la vérité scientifique est quelque chose que l’on ne doit pas cacher au public. « Si une loi est mal fondée au point de déclarer que l’embryon humain n’est pas un être humain, et que sa Majesté la reine d’Angleterre ne fut qu’un chimpanzé durant les quatorze premiers jours de sa vie, ce n’est pas une loi, mais une manipulation de l’opinion. Personne n’est obligé d’accepter la science. Vous pouvez dire : “Bien, nous préférons être ignorants, nous refusons absolument toute découverte scientifique.” C’est un point de vue. Je dirais, c’est un point de vue “politiquement correct” dans certains pays, mais c’est un point de vue obscurantiste, et la science abhorre l’obscurantisme ».

En 1981 Lejeune témoigne devant le Congrès américain. En 1982, il est élu à l’Académie des sciences morales et politiques. En 1994 il devient le premier président de l’Académie pontificale pour la vie créée par Jean-Paul II la même année.

Dans le contexte actuel de relativisme moral et de scepticisme intellectuel si dominant dans la culture européenne, la cause de Jérôme Lejeune parut condamnée dès le départ. Mais, comme le souligne sa fille Сlara, « son réalisme lui était inspiré par une formidable espérance ».

Le professeur Jérôme Lejeune est un exemple remarquable de courage dans le combat pour la vie. Avec la découverte de l’origine génétique du Syndrome de Down, il devint mondialement connu et fut proposé comme candidat au Prix Nobel. Sa découverte donnait en effet l’espoir de pouvoir guérir un jour le handicap dont était responsable cette trisomie, et elle ouvrait de nouveaux chemins dans le domaine encore peu exploré et méconnu de la génétique. Consterné par l’adhésion grandissante de l’ONU à un programme idéologique opposé à la vie, il mit au défi la communauté internationale : « La vie est un fait, et non un désir… Ici, nous voyons une institution de santé qui se transforme en institution de mort. » Ayant dit la vérité sans compromis, il confia à son épouse : « Cette après-midi, j’ai perdu mon Prix Nobel. »

Pour défendre la vérité scientifique et la grande vérité morale qui en découlait, Jérôme Lejeune dut résister à l’esprit du temps, en particulier à l’esprit révolutionnaire de Mai 1968. L’atmosphère dans laquelle il se trouvait devint rapidement malsaine. Des messages en grosses lettres noires apparurent sur les murs de la faculté de Médecine : « Tremble Lejeune ! Le Mouvement révolutionnaire étudiant t’observe ! Lejeune est un meurtrier ! Tuez Lejeune ! Lejeune et ses petits monstres [c’est-à-dire les enfants victimes du Syndrome de Down] doivent mourir ! ». Le Pr. Lejeune était assailli verbalement et physiquement. Il ne recevait plus d’invitations aux conférences internationales sur la génétique. Le financement de ses recherches fut annulé. Il fut obligé de fermer son laboratoire et de licencier son équipe de recherche. Lui qui, à trente-huit ans, était devenu le plus jeune professeur de médecine de France et occupait la première chaire de génétique fondamentale, se trouva du jour au lendemain sans financement, sans collaborateurs, sans bureau. Abandonné par ses amis et crucifié par la presse, réduit à la condition de paria, il accepta cet état de fait avec la sérénité et la joie de n’avoir pas cédé un seul instant aux hurlements diaboliques de la foule. Il mourut le lundi de Pâques 1994, après une brève agonie qui commença le mercredi de la Semaine Sainte.

Lejeune a inspiré durant sa vie de très nombreuses personnes, notamment le roi Baudouin. Lorsqu’en 1989 le parlement belge s’apprêta à voter la loi sur l’avortement, le roi Baudouin appella en consultation Jérôme Lejeune pour l’éclairer sur la décision à prendre. Le roi ne signa pas cette loi.

Lejeune inspire, aujourd’hui plus que jamais, les hommes et le femmes de bonne volonté : ceux qui ne sont pas indifférents à la vérité morale et scientifique. Un être humain est un être humain depuis sa conception. Il n’a jamais été et ne sera jamais un chimpanzé. Lejeune, comme tous les leaders, est profondément conscient de la dignité de la personne humaine.