Présentation de “La Méthode Havard” a Saint Pétersbourg

February 21, 2010

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Rencontre avec François Michelin, 20.01.2010

February 2, 2010

 L’humilité fraternelle - l’habitude se servir l’autre – loin d’être un obstacle au développement de l’entreprise commerciale, est la condition de son succès. En quarante ans François Michelin a mené la manufacture de la dixième place à la première place mondiale.

Par Alexandre Havard
michelin
Lorsqu’en 1954 François Michelin devient gérant de la société Michelin, il a 28 ans. Son grand père Edouard Michelin, le fondateur de l’entreprise, était mort en 1940. François occupe le bureau de son grand père Edouard, un petit bureau resté célèbre par sa sobriété. Un jour, dans les années soixante, un employé partant à la retraite est reçu par François Michelin dans ce même bureau. C’est avec une grande émotion qu’il raconte alors à son patron que lorsqu’il avait 16 ans et que son travail constituait à distribuer le courrier de l’entreprise, on lui avait demandé un jour de remettre une lettre en personne à Edouard Michelin. Très impressionné il se présente au bureau d’Edouard qui le fait entrer en lui disant “bonjour monsieur, veuillez entrer et vous asseoir”. Cette marque de déférence de la part du grand patron l’avait profondément marqué. Ces mots sont restés gravés jusqu’à ce jour dans son esprit et dans son cœur. Le fondateur de la société manifestait un profond respect pour les personnes quelque soit leur position sociale.

François Michelin a hérité de cette tradition. Pour lui, dire “Monsieur” c’est dire “Mon seigneur”, c’est reconnaître dans l’autre cet être unique qui possède cette partie de la vérité que je ne possède pas.

Le langage de François Michelin est un langage simple, accessible à tous, un langage  que comprennent les ouvriers, les syndicalistes, les managers: “Si j’utilise des mots simples quand je parle, c’est simplement pour être sûr de comprendre ce que je dis, a-t-il coutume de dire”. “Comprendre ce que je dis”, ce n’est pas une formule facile, mais l’expression d’un profond respect pour les personnes auxquelles il s’adresse. 

Durant notre conversation de deux heures et demi au siège de la société à Clermont- Ferrand, François Michelin fut obligé à trois reprises de s’absenter quelques instants pour répondre à des coups de fils importants. J’appris par la suite qu’une campagne de calomnie avait été lancée contre lui dans la presse et que c’était la raison pour laquelle il avait dû à trois reprises interrompre notre discussion. Pourtant François Michelin n’a pas l’air préoccupé par ces nouvelles, mauvaises pour lui. Il ne semble “préoccupé” que par notre entretien. Il revient en souriant, s’excuse, me regarde droit dans les yeux, et nous reprenons notre discussion là où elle s’était arrêtée. Chez François Michelin on observe une grande maîtrise de soi, beaucoup de sérénité, mais avant toute chose, on observe un grand respect pour les personnes, pour chaque personne unique et irremplaçable, et un grand désir de servir.

michelin 4“Ce qui me frappe chez François Michelin, affirme Carlos Ghosn, PDG de Renault, c’est l’attention aux hommes… son souci de faire grandir les hommes autour de lui. Il a une très grande ambition pour son entreprise, mais une ambition qui n’est pas destructrice des hommes qui sont là pour là réaliser… L’homme intérieur est encore plus fort que le capitaine d’industrie”.

Pour servir les autres il faut d’abord savoir les écouter. “Regardez mes oreilles, nous dit François Michelin, elles sont décollées. C’est mon plus beau diplôme”.

Pour François Michelin “aider l’homme à devenir ce qu’il est, voilà ce qui compte avant tout”. C’est cet esprit Michelin qui a permis que Marius Mignol, un ouvrier typographe sans formation intellectuelle, devienne l’inventeur du pneu radial qui révolutionna toute l’industrie du pneumatique. Lorsqu’il fut embauché, Mignol aurait dû être envoyé à l’imprimerie de la manufacture, mais Edouard Michelin s’adressa au chef du personnel en ces termes: “Ne t’arrête pas aux apparences. Souviens toi qu’il est nécessaire de casser la pierre pour y trouver le diamant caché à l’intérieur”.

Mignol fut nommé au service commercial chargé des marchés d’exportation. C’est là qu’un jour Edouard Michelin remarqua une curieuse règle à calcul sur sa table. Mignol l’avait conçu pour convertir plus rapidement les devises. Edouard s’écria: “Cet homme est un génie!”. Mignol s’averra être un homme d’une imagination extraordinaire. On le mute donc au service de recherche à un moment où le pneu conventionnel avait atteint ses limites en raison de son échauffement à grande vitesse. Pour étudier les flux de chaleur dans un pneu, Mignol imagine la “cage à mouche”, un pneu dont les flancs étaient remplacés par des câbles métalliques radiaux et très espacés. Le pneu qui résultat de ces recherches s’averra révolutionnaire. C’est parce qu’Edouard Michelin s’intéressait aux hommes plus qu’aux choses que Marius Mignol put découvrir ses talents et les mettre au service des autres.

Pour François Michelin respecter et servir l’homme n’est pas seulement une nécessité d’ordre spirituelle, un acte d’humilité fraternelle. C’est aussi une question de bon sens. “On dit souvent que les faits sont têtus, affirme-t-il, mais en réalité c’est nous qui sommes têtus”. Nous refusons d’accepter les faits, nous refusons la vérité sur l’homme. Nous portons notre attention sur les choses, alors que “le moteur le plus puissant de l’entreprise, comme aimait l’affirmer Edouard Michelin, c’est l’énergie humaine”.

L’humilité fraternelle - l’habitude se servir l’autre – loin d’être un obstacle au développement de l’entreprise commerciale, est la condition de son succès. En quarante ans François Michelin a mené la manufacture de la dixième place à la première place mondiale…